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Coronavirus : se lancer dans le-commerce en quelques jours

Mettre en ligne un tout nouveau site de vente sur internet, un webshop comme on dit, en quelques jours relève de la performance. Pourtant, beaucoup de commerces et d’entreprises l’ont fait ces deux derniers mois.

D’abord, parce que le nombre d’acheteurs sur Internet a augmenté de 40% au premier trimestre de cette année (et ces chiffres, les plus récents, datent de mi-avril), première conséquence mesurable du confinement sur le commerce en ligne. Et puis, beaucoup de commerces ont dû fermer les portes de leur magasin physique. Ils ont franchi le pas du e-commerce pour sauver les meubles.

« J’y pensais depuis des années, je l’ai fait en quelques jours« 

Catherine Bureau tient un petit magasin de matériel de pâtisserie depuis 5 ans, dans une rue commerçante d’Etterbeek. « Ça faisait longtemps que je pensais à vendre mes articles en ligne, mais je remettais toujours à plus tard« , se souvient-elle.

Et puis le 17 mars, la nouvelle tombe, son magasin doit fermer pour cause de confinement. « C’est un choc pour les petits commerçants comme moi qui travaillent beaucoup, on se demande ce qu’on va faire. Alors une fois passé le choc, on ressort les vieux projets des cartons.« 

Le magasin fermé, il faut trouver de nouvelles sources de revenus et Catherine a enfin le temps qui lui manquait pour créer son site. Elle se lance, elle apprend. Un mois plus tard, il est accessible à ses clients. Verdict après un mois: « La vente en ligne est loin de compenser les ventes habituelles au magasin, mais, en cette période, malgré les aides publiques que j’ai reçues, chaque sous compte« .

Pas seulement une rustine

Finalement, ce n’est pas la panacée mais l’expérience est positive malgré tout, elle offre une visibilité inattendue : « C’était le moment de le faire. Ça m’a permis de toucher ma clientèle quand le magasin était fermé mais aussi une nouvelle clientèle un peu plus large à Liège, à Mons, même en France, en Allemagne ou au Canada et puis aussi des gens du quartier, à deux rues d’ici qui ne me connaissaient pas« .

Catherine va donc continuer à enrichir son site qui n’aura pas été qu’une rustine le temps de la crise mais le début d’une nouvelle manière de toucher ses clients.

Le coronavirus, un accélérateur de business

Autre entreprise, autre envergure, une chaîne de 170 animaleries, mais un point commun : chez Tom&Co non plus on n’avait pas de site de e-commerce avant le confinement et, ici aussi, on en a mis un en ligne en quelques jours.

« Il y a eu l’annonce du lockdown et, le lendemain, on décidait de lancer la plateforme de vente en ligne, bien que nos magasins pouvaient rester ouverts, et le surlendemain on signait avec l’agence qui a créé notre site« , se rappelle Matthieu van der Schueren, consultant du cabinet Jungo, il accompagne la stratégie digitale de Tom&Co.

« Ça nous a permis de décider nettement plus vite ! On a pu prendre une décision avec 70 ou 80% des informations nécessaires à disposition. Typiquement, on ne ferait jamais cela en temps normal, on serait beaucoup plus prudent.« 

« Cette crise a été une opportunité pour nous, abonde sa collègue Aude Van Enst, responsable marketing chez Tom&Co. Ça a précipité les choses. Offrir la possibilité de commander nos produits en ligne, ça faisait quatre ans qu’on en parlait, finalement, on l’a fait en quelques jours.« 

Et ça fonctionne. Le nouveau « e-store » génère en quelques semaines d’existence les mêmes revenus qu’un magasin physique du réseau.

Matthieu van der Schueren, chiffres de ventes sous les yeux s’enthousiasme : « On voit clairement ici, fin mars, la courbe monte, on a une augmentation du nombre de visiteurs et une accélération du business, c’est ‘l’effet Covid’. La crise est donc un accélérateur, mais il faut se rendre compte que derrière ça, il y a du travail et un sacré investissement« .

Il ne suffit pas d’avoir un webshop

Et ce n’est pas terminé, pour le consultant en stratégie digitale, les entreprises qui se lancent dans l’e-commerce à l’occasion de la crise du coronavirus, auraient tort de penser que mettre un site de vente en ligne est l’aboutissement d’une présence sur Internet : « Au contraire, ce n’est que le début de l’histoire insiste Matthieu van der Schueren. Lancer son webshop c’est comme ouvrir une petite échoppe au fond d’une ruelle dans un énorme souk alors que, à l’entrée de ce marché, il y a deux géants qui attirent toute l’attention : Google et Amazon. Il faut donc encore beaucoup d’investissements et de travail pour exister et se démarquer dans ce souk qu’est Internet« .


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La crise actuelle a donc accentuée une tendance, la croissance naturelle du e-commerce déjà préexistante mais elle ne suffit pas à orchestrer une stratégie complète et omnicanale sur le web qui se construit sur un plus long terme. 

3 ans de croissance en 2 mois

Chez Wipika, on est sur la même longueur d’onde. Dans cette agence on développe, crée et implémente des sites d’e-commerce. Ce sont eux qui ont notamment réalisé en quelques jours le webshop de Tom&Co. Depuis le début du confinement ils croulent sous les demandes : « Oui, il y a un vrai boom du e-commerce ces dernières semaines, constate Edouard Seyneave, le gérant. Tous les jours on a des demandes pour créer de nouveaux webshop, d’habitude c’est une ou deux par mois« .

« Et les gens veulent signer tout de suite, alors que, d’habitude, il y a une période de réflexion de plusieurs semaines, poursuit-il. Ce sont quand même des budgets conséquents ! Là, on sent que les entreprises veulent un webshop tout de suite. Elles voient bien que même si ça ne sauve pas les meubles, ça aide à passer cette période.« 

L’agence gère les sites de vente en ligne de plus d’une centaine d’entreprises, de très grosses enseignes au petit commerce local. En tout, les ventes de tous leurs clients réunis ont augmenté de plus de 150% le mois dernier par rapport à la même période l’année passée.

« C’est énorme, souligne le gérant. C’est presque le double d’un Black Friday qui est le pic de l’année du commerce en ligne en temps normal« . Edouard Seyneave estime que l’e-commerce a gagné 3 ans de croissance en 2 mois de crise sanitaire.