/Bruxelles deviendrait-elle la capitale LGBT en Europe ?

Bruxelles deviendrait-elle la capitale LGBT en Europe ?

Ce samedi se tiendra la Pride de Bruxelles, la fête des fiertés LGBT. C’est en 1996 qu’a eu lieu, pour la première fois cette manifestation haute en couleur dans la capitale belge. A l’époque, seules quelques petites centaines de militants festifs avaient défilé devant un public bigarré.


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Depuis, l’événement a parcouru bien du chemin : en 2005, la dixième édition attire 25.000 participants, on y revendique l’adoption, obtenue un an plus tard. L’an dernier, le cortège de la 23e Pride accueillait plus de 70 délégations aux couleurs de l’arc-en-ciel. Au total, ce sont 100.000 personnes qui ont défilé à Bruxelles, un chiffre record pour cet événement qui se hisse petit à petit dans les plus grosses manifestations accueillies dans la capitale. Et selon des enquêtes effectuées par l’Office du Tourisme on considère que 40% des visiteurs sont étrangers.

Mais ce n’est pas qu’au moment de la Pride que le public LGBT se rend à Bruxelles. La capitale européenne est devenue une destination tendance en Europe et dans le monde. Nous avons voulu comprendre le phénomène.

La Région et la Ville investissent dans ce secteur de niche

Preuve que le tourisme LGBT est bien présent, il existe au sein de l’Office du tourisme Visit Brussels une personne chargée de développer le marché LGBT. Frédéric Boutry explique : « Le fait de soutenir et de développer différentes niches dans la communauté LGBT, ça met Bruxelles tout doucement au niveau de capitales comme Madrid, Londres, Tel Aviv… Nous avons commencé ce travail voici presque dix ans et nous en voyons de plus en plus de résultats tangibles ».

Dans le milieu LGBT, continue-t-il, Bruxelles est réputée pour sa « gentillesse, ses fêtes et sa gastronomie. Et ce n’est pas trop cher comme destination. Bruxelles a donc beaucoup d’atouts à offrir ».

Le tourisme LGBT est souvent vu comme un tourisme de garçons uniquement et réservé au seul clubbing. Là aussi la Capitale de l’Europe souhaite se démarquer et compléter son offre avec des projets plus spécifiques. Frédéric insiste « nous avons par exemple soutenu un bar temporaire animé par des filles, car il n’existe pas de bar spécifique pour le public lesbien. Il est pour nous essentiel que notre travail soit fait dans un cadre inclusif. Le slogan de Bruxelles c’est : Venez comme vous êtes. Nous espérons même pérenniser ce projet pour que ce bar puisse être ouvert toute l’année ».

Max et ses amis de Bologne ont visité Bruxelles

Un public LGBT qui voyage beaucoup et dépense plus que la moyenne

Selon les recherches effectuées par Tourism Intelligence International, le tourisme LGBT représentait déjà 10% du marché touristique mondial en 2000. Selon les données de l’Association de tourisme gai et lesbien (GLTA), cela représente actuellement plus de 12% du marché touristique mondial.

Et dans une étude présentée lors du grand salon mondial du tourisme à Londres le WTM les dépenses annuelles de ce public de niche dépassent maintenant les 195 milliards d’euros par an.

Les hommes gais / bisexuels font en moyenne 3,9 voyages et les femmes lesbiennes / bisexuelles ont fait en moyenne 3,3 voyages par an. Ce qui place ce public dans les grands voyageurs.

La Démence fêtera ses 30 ans en 2020

La Démence est sans aucun doute une des meilleurs soirées gay de la scène européenne. Elle a lieu 12 fois par an, généralement le vendredi soir ou les veilles de jours fériés et attire les gays de toute l’Europe, et de plus loin encore. certaines de ces soirées événementielles peuvent attirer jusqu’à 10.000 personnes.

Une fréquentation en hausse avec déjà plus de 80.000 nuitées par an

Rodolphe Van Weyenbergh, Secrétaire Général de la Brussels Hotel Association confirme que le tourisme LGBT est en plein développement à Bruxelles « on peut considérer que l’on dépasse allègrement les 80.000 nuitées par an ». Et de souligner que le public LGBT fut « le premier public a revenir à Bruxelles après les attentats de 2016, relançant ainsi la machine de l’industrie touristique bruxelloise ».

Une offre complète et diversifiée qui rencontre son public

Beaucoup de villes se vantent d’être « gayfriendly » mais quand vous vous trouvez sur place, il ne se passe rien. Bruxelles, tire son épingle du jeu en ce moment sur l’échiquier mondial LGBT. Grâce bien évidemment à son célèbre club gay La Démence qui, 12 fois par an, draine les foules vers la capitale.

Mais aussi de nombreux bars et lieux de rencontres, qui ne laissent pas les visiteurs seuls devant leurs applications de rencontres virtuelles, mais permettent la rencontre, la découverte. Spécificité de Bruxelles, beaucoup de ces bars connus ou reconnus comme institution ne sont pas à l’origine des bars gays, mais des lieux fréquentés par les gays. Citons en exemple le Belgica.

Trois cabarets, ouverts à tous et toutes

Il y a d’abord l’emblématique « Chez Maman » le bar drag Queen historique qui fêtera cette année ces 25 ans. Il y a aussi de nouveaux lieux comme « le Cabaret Mademoiselle » ouvert depuis un an et demi et la « Boule Rouge » qui fait karaoké en semaine et programme de nombreux spectacle les week-ends comme La Diva, une autre icône des nuits bruxelloises.

Deuxième place mondiale au Rainbow Index

La Belgique de 2019, conserve sa deuxième place au « Rainbow Index », un classement publié chaque année par l’IGLA Europe (International Lesbian and Gay Association) pour déterminer l’état des droits LGBTI en Europe. Malte reste en tête, tandis que le Luxembourg, la Finlande et le Danemark complètent le top 5.

Pour son classement 2019, l’association a étudié les lois et procédures administratives qui protègent ou non les personnes homosexuelles, transgenres, bisexuelles et intersexes dans 49 pays européens.

Comme en 2018, la Belgique grimpe sur la deuxième marche du podium. Toutefois, son score a baissé de 79% à 73% en raison de l’ajout de nouveaux critères. Le plat pays doit en effet encore s’améliorer en matière de droits des personnes intersexes.

La Diva icône des nuits bruxelloises

Plaisirs, découvertes et revendications font bon ménage

Le Pride festival est organisé par la RainbowHouse Brussels qui regroupe des associations militantes issues de tout le pays. Cette 15e édition célébrera le 50e anniversaire des émeutes de Stonewall à New York et est dans la volonté de mettre en lumière toutes les identités de la communauté LGBTQI + (Lesbiennes, Gays, Bisexuel. le.s, Trans*, Queer, Intersexes et autres).

Tout n’est pas rose au pays de l’arc-en-ciel, il y a encore beaucoup de choses à améliorer. Tous ceux que nous avons rencontrés en son parfaitement conscient.

La Pride se tiendra sous le slogan #AllForOne. Cette édition aura pour thème l’intersectionnalité, concept qui désigne la conjonction de plusieurs types de discriminations subie par certains individus. « Si de plus en plus de couleurs de l’arc-en-ciel sont visibles, d’autres nuances restent encore dans l’ombre », soulignent les organisateurs. 

« La communauté LGBT est très large. Elle compte des seniors, des jeunes, des familles… », a expliqué Oumayma Hammadi, de RainbowHouse, qui souligne que chacun a des origines, des confessions différentes ou peuvent être en situation de handicap.

La volonté de tous ces acteurs est clair Bruxelles veut développer une offre basée sur des principes d’inclusion pour faire du tourisme LGBT, un tourisme LGBTQI+.

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