/Dernier vol pour les C130 belges en mission internationale

Dernier vol pour les C130 belges en mission internationale

La carlingue chauffe sous le soleil depuis des heures. Pas question d’allumer l’air conditionné de l’appareil, il y  a trop de poussière sur le tarmac, tout rentrerait à l’intérieur. Il y a de l’agitation autour de l’avion, dans deux heures ce sera le décollage. Le dernier qu’un C130 belge effectuera en mission internationale.

Jérémy et David sont les deux « loadmaster » de l’avion. Ce sont eux qui sont responsables du chargement en assurant son équilibre et qui doivent changer la configuration de l’avion. Pendant un an, il a servi à l’évacuation médicale en cas de blessure d’une partie des 13.000 casques bleus déployés au Mali. Leur première sortie, ils s’en souviennent, c’était le rapatriement du corps d’un soldat égyptien tué par un engin explosif improvisé.

Jeremy installe ce qui sert de siège dans un C130, une sorte de treillis rouge pas très confortable. « Je suis complètement trempé, il fait chaud. Il fait plus de 45 degrés dehors et dans l’avion encore un peu plus. Il y a moins d’air. Ça fait partie du boulot et c’est ça qui est chouette. » ajoute-t-il dans un grand éclat. Assis sur le rebord de la trappe arrière, David, son collègue reprend son souffle . « Là on vient de charger quelques palettes pour retourner à Bamako. Et toute à l’heure on prendra encore 35 passagers ». Lui aussi aime son métier, même s’il est difficile, ça se voit immédiatement. Cela fait onze ans qu’il occupe ce poste et ce n’est pas prêt de s’arrêter. « Je vais faire ma conversion vers l’A 400M dans deux ans, quelque chose comme ça ». L’idée de travailler sur l’avion qui remplacera le C130 lui plaît, même si plus rien ne sera comme aujourd’hui. « Quand on est trempés, c’est qu’on a bien travaillé et alors on est contents de nous. Dans notre job, on est en sueur, on colle de partout, et ça c’est spécifique avec cet avion. Je pense qu’on n’aura plus vraiment ça dans le futur, ce sera plus électronique. Ça va un peu disparaître à mon avis. »

Dans un C130, tout est encore mécanique. C’est parfois bien pratique, les réparations sont plus faciles à effectuer notamment ici en Afrique. La légende raconte qu’on parviendrait presque à réparer le moteur en donnant un coup de marteau dessus nous raconte en rigolant Rudy, l’ingénieur de bord. C’est le troisième homme du cockpit, il passe sont temps à tourner des boutons et à lever et descendre des petites poignées. « 20 ans que je fais ça, dans 50 jours je pars à la pension. Je serai bien rester encore un peu mais vu que le C130 part à la pension, moi aussi. » Et quand on lui demande ce qui rend cet avion spécial, il répond sans hésiter : « L’aventure! C’est une vie à part, il faut avoir un partenaire qui comprend, une famille qui comprend. Vos collègues, c’est toute votre vie. Ce sont vos meilleurs amis, vos frères, vos sœurs, voilà notre vie. »

Même si pratiquement tout a été remplacé, à l’intérieur du cockpit, l’avion affiche sa quarantaine bien entamée. Douze appareils avaient été livrés à la Belgique en 1972 et 1973. Neuf sont encore en service à l’heure actuelle. Dès l’an prochain, ils seront progressivement remplacés par des A400M.

Depuis leur livraison, ces appareils sillonnent les quatre coins du monde, transportant des troupes, des véhicules, du matériel, ou de l’aide humanitaire dans les endroits les plus difficiles à atteindre. Des caractéristiques qui ont forgé la légende qui entoure les C130. Tous les belges connaissent ces géants, leurs nez noirs, caractéristiques des avions belges et puis le bruit du moteur tellement reconnaissable. 

Les moteurs ont été testés, le chargement est embarqué, l’heure du décollage approche. « Deevit » est le surnom du pilote. Il fait le tour de l’appareil pour l’inspecter avant le départ. Une des nombreuses tâches qu’il doit réaliser en tant que commandant de bord. Son envie de devenir pilote, c’est à son papa qu’il la doit. « Il m’a emmené à un  Air show  quand j’étais petit et depuis que j’ai 6 ans, j’ai toujours dit que je voulais devenir pilote militaire. Maintenant j’ai presque 34 ans et donc oui, j’ai réalisé mon rêve. Je suis d’avis que quand tu veux vraiment quelque chose dans la vie, si tu es motivé, cela va se faire » Lui aussi est passionné par son travail, qu’il n’appelle d’ailleurs pas comme ça. « Je ne dis jamais que je vais travailler, je dis toujours que je vais voler. C’est un peu comme si c’était un hobby », nous raconte-il aux commandes de l’avion alors que nous sommes en plein vol. La vue est magnifique. « Ça c’est notre bureau. Si tu as la chance de piloter un avion un comme ça, c’est quand même quelque chose que l’on ne voit pas tous les jours. »

À ses côtés, Ben se tient droit. Il s’agit de son copilote luxembourgeois. Depuis 4 ans, la Belgique et le Luxembourg travaillent ensemble de manière tout à fait intégrée comme aiment à le rappeler les responsables militaires. Le moment venu, il fera plusieurs mois de formation pour pouvoir voler sur l’A400M. Mais à ce stade, c’est toujours les yeux pétillants qu’il nous raconte en quoi le C130 est tellement particulier. « Le C130 est un avion qui a énormément de capacités, il peut faire plein de choses. Plus que les avions civils. On peut atterrir presque n’importe où, on peut faire du largage, c’est vraiment les multiples rôles le rendent très complexe mais aussi tellement génial. »

Don’t panic I’ve done this shit before

Les roues touchent le tarmac de Bamako en douceur. L’avion va se garer sur un coin de la piste. Les 35 passagers sortent, les palettes sont retirées une à une. Dans le cockpit, Rudy remplit une tonne de papier. Sur une tablette, posé à coté de lui, est posé son casque. Il est décoré d’un autocollant de la radio Studio Brussel et d’un autre annonçant clairement la couleur, l’équivalent en anglais et en moins poli de « Ne paniquez pas, j’ai déjà fait ça avant. » À côté, des noms de pays et des dates. Mali, Tchad, Congo, Afghanistan, Balkans, … la liste est longue et non exhaustive.

En 20 ans de carrière Rudy a accumulé les missions. Impossible pour lui d’en citer une en particulier. « C’était à chaque fois une aventure » explique-t-il. Et quand on lui demande ce que ça lui a fait de participer au dernier vol C130 en mission opérationnelle, sa gorge se noue et les larmes montent. « Oui, ça fait quand même quelque chose », répond-il pudiquement.

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