/Internet : « Aujourd’hui, le marché permet de moins en moins à de nouveaux acteurs indépendants d’émerger »

Internet : « Aujourd’hui, le marché permet de moins en moins à de nouveaux acteurs indépendants d’émerger »

Dans une tribune au « Monde », Jean-Baptiste Rudelle, PDG de Criteo lance un cri d’alarme pour le maintien d’un Internet ouvert, face à l’emprise des grandes plates-formes américaines, en passe de contrôler, seules, des pans entiers de l’économie.

Publié aujourd’hui à 17h00 Temps de Lecture 3 min.

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« Parce qu’ils dominent des pans entiers de l’écosystème numérique, les GAFA sont aussi en proie à des conflits d’intérêts majeurs avec les internautes. »
« Parce qu’ils dominent des pans entiers de l’écosystème numérique, les GAFA sont aussi en proie à des conflits d’intérêts majeurs avec les internautes. » Ipopba/Panther Media / GraphicObsession

Tribune L’Internet ouvert est menacé et risque de disparaître sous nos yeux. Mais nous regardons ailleurs, sans prendre la mesure de ce que nous sommes en train de sacrifier. L’Internet ouvert est un principe fondateur du Web. Il vise à donner la possibilité à chacun de diffuser et d’accéder aux informations et aux contenus de son choix, sans jamais être contraint par les acteurs qui l’organisent. C’est un idéal de liberté et d’égalité, qui donne le même pouvoir et les mêmes opportunités à tous les internautes.

C’est un idéal qui devrait nous réunir tous : les citoyens, les gouvernements, les entreprises engagées du Web. En réalité, force est de constater que ces dernières années, cet idéal de liberté et d’égalité a fortement régressé. L’Internet ouvert est l’objet de menaces insidieuses, liées à la consolidation très rapide du marché mondial de la technologie. Aujourd’hui, les GAFA contrôlent des secteurs entiers de notre économie : la recherche sur Internet, le contenu mobile, les réseaux sociaux et une grande partie du commerce de détail.

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Ils ont montré qu’ils savent utiliser de manière redoutablement efficace la rente qu’ils extraient des secteurs qu’ils dominent, pour brider l’innovation et l’émergence d’autres acteurs sur des secteurs adjacents. Très révélateurs, les GAFA comptent pour moins de la moitié du temps passé sur le Net, mais captent plus des trois quarts de la valeur ajoutée du secteur, et cette concentration s’accélère d’année en année.

Un enjeu pas uniquement économique mais sociétal

Aujourd’hui, le marché permet de moins en moins à de nouveaux acteurs indépendants d’émerger. Si je voulais lancer dans l’écosystème numérique actuel l’entreprise que j’ai créée il y a près de quinze ans, je ne le pourrais plus. Le problème n’est pas l’accès aux financements. Nous avons au contraire beaucoup progressé dans ce domaine au cours des dix dernières années, et nous devons nous en féliciter. Non, le problème fondamental est qu’une très grande partie de l’écosystème numérique est devenue impénétrable.

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L’enjeu n’est pas seulement économique et il est impératif de prendre conscience que cette situation a aussi des répercussions importantes sur nos modes de vie. On ne peut, dans les faits, observer de système plus verrouillé, plus contrôlé, à l’opposé de ce que les fondateurs du Web avaient imaginé. Laisser Internet se fermer, c’est donc se résigner à ce que notre vie sociale et notre rapport à l’information soient régentés par quatre groupes mondiaux, tous américains, qui ont tout pouvoir pour organiser les choses comme ils veulent.

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