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Bouquineries: des magasins en voie de disparition?

Pour les passionnés de lecture, les bouquineries sont des lieux incontournables dans la chasse aux pépites à petits prix. Des bouquinistes qui se font de plus en plus rares, au profit des grandes enseignes de seconde main.

Je vois la mort de Gutenberg, l’imprimerie c’est fini.

Depuis 34 ans, Michel Hamoir est ce qu’on appelle un chasseur de livres. Une vie à acheter et à revendre des livres en tous genres. Mais depuis quelques années, le constat est là : sa clientèle est de plus en plus âgée et de moins en moins fréquente.

« Je vois la mort du métier. Je vois la mort de Gutenberg, l’imprimerie c’est fini. On monte dans le monde de Zuckerberg, c’est-à-dire de l’internet, de l’ordinateur. C’est la fin d’un monde« , confie Michel Hamoir, bouquiniste indépendant à Louvain-la-Neuve.

Fini les bibliothèques à la maison

Dans sa bouquinerie romantique, des milliers de livres, de BD, de mangas et autres ouvrages remplissent les étagères. Son magasin est saturé, mais il ne parvient plus aujourd’hui à écouler son stock. « Aujourd’hui, les gens n’ont plus envie de constituer des bibliothèques. C’est une tradition qui se perd. Et puis, la clientèle vient aussi avec une idée en tête, avec une volonté de chercher le livre qu’ils ont envie de lire. Il n’y a plus de place pour la recherche ou la bonne surprise dans une bouquinerie.« 

Sur la devanture, deux affiches « à louer » ornent désormais sa boutique. A contre-cœur, Michel Hamoir envisage de céder son commerce, car, depuis cinq ans, il travaille à perte. Les réserves financières des bonnes années pallient le déficit d’aujourd’hui. « Je n’ai pas envie de partir, j’ai envie de rester, le plus longtemps possible. Mais le problème c’est que ça coûte très cher de rester. Pendant 30 ans, j’ai sauvé des tonnes et des tonnes de livres de la destruction ou de la perte. J’ai rempli des centaines de bibliothèques dans la région.«  Au moment de prononcer ces mots, sa voix se brise… Le bouquiniste est envahi par l’émotion.

Business du livre de seconde main

Avant Michel Hamoir, d’autres bouquinistes indépendants ont fermé leurs portes sans trouver de repreneurs. Moins de bouquinistes, cela signifie aussi que le marché se concentre davantage aussi sur des enseignes plus importantes. Dans une grande enseigne de Waterloo, les livres entrent et ressortent par milliers tous les jours. Et sur la table des achats, plusieurs dizaines de vendeurs se succèdent.

« On trie tout. On regarde les éditions, l’état de l’ouvrage et puis on connait les livres, les auteurs et les BD à succès. Puis, on propose un prix. On trie, car on ne peut pas tout prendre. Ça serait impossible de tout stocker et puis, parfois les gens veulent se débarrasser de leurs bibelots et tout laisser là, dans le magasin, gratuitement. Ce n’est pas possible. Nous sommes un magasin, pas une poubelle« , explique David Di Stasio, gérant du Pêle-Mêle de Waterloo.

Tous les livres ne sont pas forcément recalés. Les manuels scolaires dépassés ou d’anciennes éditions sont repris gratuitement pour être envoyés dans des containers à destination d’Haiti. « Tous les ans, on travaille avec une association qui envoie les manuels scolaires jugés trop vieux chez nous en Haïti. Les livres qui n’ont pas retenu notre attention, on conseille aux gens d’aller vers d’autres associations », conseille Julien Lambrechts, co-gérant du Pêle-Mêle de Waterloo.

Pour les clients, c’est aussi un moyen de se faire un peu d’argent de poche et ne pas jeter ce qui est encore en parfait état. « J’en ai obtenu 265 euros. Je vais un peu réfléchir à comment utiliser cet argent, mais je pense que ce sera pour compléter l’une ou l’autre collection de BDs et acheter du neuf.« 

Diversifications pour répondre aux modes de consommations

Dans ce magasin, on a cherché à se diversifier. A côté des livres, on retrouve des vinyles, des CDs, DVDs ou encore des jeux vidéo ; cependant, les livres restent le principal core business : « 80% de notre chiffre d’affaires reste la vente de livres. On essaye vraiment de faire rentrer de bons livres et d’en sortir un maximum. On connait nos étagères et on sent ce qui marche moins bien. En fonction, on liquide et on peut ainsi faire entrer d’autres livres ».

Dans les allées, ça déborde de livres partout. Tout le monde cherche après quelque chose, mais sans trop savoir quoi. « Je cherche mon bonheur et je le trouve très souvent, confie une dame. C’est vraiment le bon plan, notamment pour les livres demandés à l’école. Ça ne servira qu’une fois et ça permet d’acheter toute une série de livre à moindre coût.« 

Le rayon livre jeunesse est aussi bien rempli et, pour les tout-petits, on cherche aussi la bonne histoire à raconter. « Les livres pour enfants reviennent très vite chers. On les achète, on les lui raconte et puis on revient les revendre. Et puis, si elle le déchire ce n’est pas bien grave« , explique ce papa.

Pour faire face aux plateformes digitales, les bouquineries ont évolué avec les habitudes de consommations en adaptant les prix aussi face aux demandes. Cependant, elles restent un lieu de partage et de transmission.

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