/Les Belges prennent trop de médicaments contre le cholestérol : comment savoir si vous devez vraiment en prendre ?

Les Belges prennent trop de médicaments contre le cholestérol : comment savoir si vous devez vraiment en prendre ?

Un Belge sur quatre âgé de plus de 40 ans prend des statines, un médicament qui permet de baisser le taux de cholestérol. Mais dans 88% des cas, le bénéfice ne serait pas forcément au rendez-vous. Il faut dire que cette substance présente des effets secondaires potentiellement dangereux et pas assez pris en compte. Pour réguler son usage, le centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) vient de mettre en place un outil interactif. Objectif : encourager médecins et patients à prendre la meilleure décision ensemble.

Les statines sont l’une des classes de médicaments les plus utilisées en Belgique. 13% de la population belge totale en consomme, ils sont donc 25% chez les plus de 40 ans. Le KCE estime que l’utilité de ce médicament ne fait aucun doute chez les personnes qui ont déjà eu un accident cardio-vasculaire. Les statines permettent alors de réduire efficacement le risque de récidive.

Mais une grande majorité des patients qui prennent des statines, 88%, n’ont jamais eu d’accident cardio-vasculaire auparavant. Pour eux, les bénéfices potentiels de cette substance sont moins nets et varient d’une personne à l’autre.

« Si le risque cardio-vasculaire réel de ces personnes est élevé, la prise de statines va probablement diminuer leur risque de faire un infarctus ou un AVC dans les 10 ans qui viennent. Mais si ces personnes ont un risque qui n’est pas très élevé, le bénéfice ne sera pas très important, alors que le risque d’effets secondaires reste le même« , précise Karin Rondia, en charge de la communication scientifique du KCE.

Des effets secondaires non négligeables

Pour le centre fédéral d’expertise des soins de santé, il faut à tout prix faire la balance entre risques et bénéfices. Car les effets secondaires, s’ils sont peu nombreux, sont potentiellement importants. Pour 100 personnes qui prennent des statines :

  • 5 personnes auront des douleurs musculaires
  • 1 personne aura le diabète
  • Moins d’une personne aura une insuffisance rénale.

« Ces effets secondaires n’apparaissent pas systématiquement, loin de là, mais il faut les prendre en compte. Il faut aussi savoir que ce n’est pas un traitement qu’on va juste prendre le lendemain du jour où on a mangé des frites, c’est quelque chose qu’on va prendre tous les jours jusqu’à la fin de ses jours. Généralement, cette discussion-là n’a pas lieu« , déplore Karin Rondia.

Outil interactif

Le centre a donc lancé un outil interactif utilisable par tous sur le site www.statines.kce.be. Il permet une prise de décision partagée entre le médecin et son patient qui peuvent entrer quelques paramètres comme l’âge, le tabagisme, la tension artérielle et le taux de cholestérol. Sur base de ces données, ils pourront alors calculer le risque cardio-vasculaire du patient et visualiser les bénéfices potentiels de la prise de statines.

Par exemple, pour un homme de 63 ans, fumeur, à la tension artérielle élevée (170 mmHg) et au taux de cholestérol élevé également (total de 300 mg/dl et HDL cholestérol de 35 mg/dl), on découvre que sans statine, il a 25% de risque de mourir d’un infarctus ou d’un AVC dans les 10 ans. Avec des statines, il réduit ce risque de 7%. Mais si le patient est non-fumeur, on se rend compte que le risque ne baisse plus que de 3% en prenant des statines.

L’outil se veut avant tout une aide visuelle pour le patient accompagné de son médecin. « L’avantage, c’est qu’on peut vraiment donner une visualisation du risque cardio-vasculaire et de l’avantage des statines, mais de façon visuelle et individuelle en fonction des paramètres du patient lui-même« , insiste Karin Rondia.

Pression des lobbys et solution de facilité

Mais comment expliquer la surprescription de statines ces dernières années en Belgique et dans le monde ? D’abord en opérant un petit retour dans l’histoire. Dans les années 90, le cholestérol est désigné comme l’un des principaux facteurs de risques cardio-vasculaires. En 1997, le géant pharmaceutique Pfizer met alors sur le marché le Lipitor, un anticholestérol à base de statines qui deviendra rapidement le médicament le plus vendu au monde. Le lobbying acharné de la firme américaine et des autres producteurs de statines conduit les médecins à prescrire beaucoup, voire trop, cette substance.

Mais depuis 2011 et l’expiration du brevet de Pfizer, elle est tombée dans le domaine générique. Premier impact économique : si les statines pèsent encore 160 millions d’euros en Belgique, le coût a diminué pour la sécurité sociale puisqu’il s’élevait à plus de 270 millions il y a une dizaine d’années.

En parallèle, une meilleure compréhension des maladies cardiovasculaires conduit le monde médical à relativiser les bénéfices des statines. Karin Rondia du KCE précise aussi la facilité que représentait ce médicament très souvent prescrit de façon unilatérale par le médecin seul : « Il est beaucoup plus facile de prendre un médicament que faire du sport ou d’adapter son alimentation, c’est un peu une solution de facilité« .

D’après les recommandations internationales, la réduction du risque cardio-vasculaire passe en effet avant tout par l’arrêt du tabac, une alimentation équilibrée et de l’exercice physique. Si ces mesures ne donnent pas les résultats escomptés, alors seulement peut-on envisager de recommander la prise de statines.

Le KCE espère surtout que les bonnes personnes reçoivent ce type de médicament. « Il faut savoir que parmi les personnes qui ont déjà eu un problème cardio-vasculaire et qui présentent des risques, celles-là n’ont pas toutes des statines, or elles devraient toutes en avoir« , conclut Karin Rondia.

Une nouvelle substance d’ici 5 à 10 ans ?

D’autres pistes de solutions sont aussi à l’étude. Le quotidien Le Times a ainsi annoncé que la firme pharmaceutique suisse Novartis a passé un accord avec le gouvernement britannique. Ensemble, ils vont lancer un grand essai sur l’inclisiran. Cette substance, qui n’est pas une statine, permet de réduire drastiquement le taux de mauvais cholestérol.

Le département de la santé britannique estime que s’il était donné chaque année à 300.000 personnes, il préviendrait 55.000 crises cardiaques et AVC et épargnerait 30.000 vies par an. L’inclisiran aurait aussi l’avantage de ne présenter que des effets secondaires minimes et pourrait arriver sur le marché belge dans 5 à 10 ans.

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