/Une nuit à La Panne à la rencontre des migrants

Une nuit à La Panne à la rencontre des migrants

La brume enveloppe les contours de La Panne – © RTBF

Je vais essayer. Tous les jours, toutes les nuits s’il le faut

Au beau milieu de la nuit, seul le bruit des vagues résonne à La Panne. À cette heure tardive, plus rien ne semble bouger dans la station balnéaire et la célèbre statue du premier roi des Belges veille sur un littoral plongé dans la brume, par une nuit sans lune. Seule lumière dans l’obscurité, une patrouille de police surveille la plage. Le 21 janvier, quatorze migrants ont manqué de peu de finir noyés ici. Pourtant, à quelques kilomètres à peine de la côte, d’autres migrants sont, eux, encore bien présents.

À la gare de La Panne à l’intérieur des terres, nous tombons sur un groupe de Kurdes irakiens fraîchement arrivés de Dunkerque. Ce soir-là, ils ont décidé de tenter le périple vers l’Angleterre.

« C’est la première fois que je viens en Belgique et j’ai peur, nous confie Ahmed, mais je vais essayer. Tous les jours, toutes les nuits s’il le faut« .

La Belgique, moins risquée que la France

L’obscurité est leur alliée et ils en sont persuadés, le chemin vers leur nouvelle vie passe désormais par le sol belge. Leur itinéraire précis restera un secret mais selon eux, il serait plus sûr que ceux empruntés depuis des années maintenant au départ de la France.

« Nous connaissons un itinéraire depuis la Belgique, explique Salah, c’est un meilleur chemin. Et la police belge est mieux pour nous que la police française« . « Parce qu’en France il y a trop de contrôles, ajoute Ali. Chaque fois que nous essayons, ils nous attrapent. C’est trop dur pour nous là-bas« .

Vous pouvez mourir, on ne peut pas savoir

En revanche, pour ceux que nous avons rencontrés, que ce soit de Belgique ou de France, pas question de tenter la traversée en bateau. Ils savent que c’est le moyen le plus direct, mais aussi le plus risqué, d’atteindre le territoire britannique.

« Je n’essaie pas par la mer, ça me fait peur, confie Ali. Et je ne veux pas non plus me retrouver sans rien, je paie déjà très cher, j’ai payé 1500 dollars pour venir jusqu’ici« . Fataliste, Ahmed ajoute : « Parfois la météo est bonne, mais parfois pas. Vous pouvez mourir, on ne peut pas savoir« .

Aller-retours vers Dunkerque

Et parce qu’on ne peut jamais savoir, eux aussi devront renoncer ce soir-là. L’un des leurs a reçu un appel de leur passeur : pour une raison aussi obscure que la nuit, le voyage n’est plus possible. Et c’est finalement un groupe d’une trentaine d’âmes dépitées qui prend la dernière navette vers Dunkerque, ce qui n’étonne même plus le chauffeur.

« J’avoue qu’ils ne sont pas méchants, nous confie-t-il. Ils montent dans le bus, ils sont tranquilles. Après c’est au chat et à la souris avec la police. Parce que bien souvent il y a la police montée qui nous attend, qui les empêche de partir en Belgique. Ils montent dans le bus et ils repartent. En fait, c’est une histoire sans fin« .

L’Angleterre à tout prix

Une histoire sans fin dont le dernier chapitre devra sans doute passer par la Belgique, même si pour ces jeunes réfugiés, le point final de leur périple ne peut être que l’Angleterre.

« J’ai tout quitté, explique Ahmed. Ma voiture, ma maison, ma famille, tous mes amis. J’y ai laissé toutes mes économies. Mais ce n’est pas un problème si l’Angleterre peut m’offrir l’asile. C’est ce que je pense« .

Ce mercredi, deux personnes soupçonnées de trafic d’êtres humains ont été arrêtées par le parquet de Flandre occidentale. Signe que malgré la distance avec l’île de Grande-Bretagne, la côte belge est maintenant inscrite sur les cartes des migrants comme des passeurs.

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